Itinéraire

A cheval sur la Gustav

A LA RECHERCHE DES RACINES DE L’EUROPE UNIE

L’itinéraire du voyage

Le départ des cavaliers se fera à Ortona, une commune de la province de Chieti située sur un col du littoral adriatique à 22 km au sud de Pescara et à 72 m au-dessus du niveau de la mer.

Ortona, ville d’origine médiévale, vit sa période la plus noire dans la Seconde Guerre Mondiale. Le 10 Septembre 1943, la famille royale des Savoie, après avoir passé la nuit dans le château ducal de Crecchio, quitte le port d’Ortona pour fuir les nazis et aller vers Brindisi, ville déjà libérée.

C’est par Ortona que la ligne GUSTAV passe.

Avec l’Armée allemande au nord de la ville et l’Armée des Alliés au sud, Ortona a été bombardé sans arrêt pendant six mois. Pratiquement entièrement rasée, la ville fut appelée « Petite Stalingrad» par Winston Churchill en raison du fait que, comme dans la ville russe, la bataille s’enlisa pendant long moment dans le centre-ville. La plupart des habitants d’Ortona furent obligés de quitter leurs maisons. Pourtant, au moment de sa libération par les Alliés en décembre 1943, 1314 de ses fils y trouvèrent la mort. Pour cette raison, la ville reçut la Médaille d’Or  de la Valeur Civile.

Au sud de la ville, il y a le Moro River Ward Canadian Cemetery (cimetière de guerre canadien de la rivière Moro) où 1615 soldats, dont la plupart appartenant au Loyal Edmonton Rgt (régiment canadien), sont enterrés.

 

En suivant le plateau situé entre la ville de Chieti et la rivière Sangro, on rencontre le village d’Orsogna (CH) à 432 m au-dessus du niveau de la mer, petite commune occupée, en raison de sa position stratégique, par un commandement de l’Armée allemande qui devait arrêter l’avancée des Alliés. Le village fut l’objet de violents bombardements qui détruisirent totalement le centre habité. Beaucoup d’habitants perdirent la vie ou furent portés disparues. Le village d’Orsogna reçut la Médaille d’Argent de la Valeur Civile.

 

Au sud, au pied du Parc National de la Majella, on rencontre la ville de Guardiagrele, située sur une colline à 576 m au-dessus du niveau de la mer dans l’arrière-pays de la région de Chieti et cité aussi comme un des bourgs plus beaux d’Italie.

Définie par Gabriele D’Annunzio la « terrasse des Abruzzes », cette ville domine un grand panorama qui s’étend jusqu’à la mer Adriatique. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, occupée par les Allemandes, elle subit des lourds bombardements de la part des Alliés, faisant d’important dégâts et de nombreuses victimes chez les civils.

 

En quittant le village de Guardiagrele on rentre de plein pied dans le Parc National de la Majella.

Créé en 1991, ce parc couvre une surface de 74.000 ha dans le cœur vert de la région des Abruzzes, entre les provinces de Chieti, Pescara et L’Aquila.

La contigüité de ce parc avec le Parc National du Gran Sasso et Monti della Laga et avec le Parc Régional du Sirente-Velino lui confère une grande valeur écologique étant donné sa capacité à satisfaire les nécessités vitales des espèces animales les plus rares.

Dans le Parc vivent de nombreuses espèces animales: le loup des Apennins, l’ours brun marsicain, le chamois des Abruzzes, la loutre, l’aigle royale et la vipère d’Orsini.

On trouve aussi dans ce parc une flore de haute valeur avec environ 2114  espèces végétales connues. La présence de vastes terres widelands, gorges, grottes et hautes altitudes (55% du territoire se trouve en effet à des altitudes supérieures à 2 000 m), confère au territoire une beauté très rare et unique en son genre.  

En traversant le Parc dans sa longueur, on rencontre le village de Roccaraso, commune en province de L’Aquila à 1236 m au-dessus du niveau de la mer, appartenant à la Communauté de montagne Alto Sangro et Altopiano delle Cinquemiglia. Ses pistes de ski font de ce village la plus cotée des stations des Apennins.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le village se trouvait exactement sur la ligne GUSTAV et fut intégralement rasé par les bombardements.

En recevant la Médaille d’Or de la Valeur Militaire, pour les sacrifices de ses gens et pour son engagement dans la lutte partisane,  Roccaraso fait partie des « Villes décorées de la Valeur Militaire pour la Guerre de Libération ».

 

En continuant à descendre vers le sud, on rencontre la ville de Castel di Sangro qui surgit à la limite d’une très grande vallée, sur la rive droite du fleuve Sangro, à 800 m au-dessus du niveau de la mer. Cette ville aussi, comme tous les villages traversés par notre voyage, vit ses moments les plus durs pendant la Seconde Guerre Mondiale.

En 1943 les Allemands détruisirent complètement le centre-ville pour ralentir l’avancée des Alliés qui combattirent pendant huit mois successifs jusqu’à briser la défense allemande sur les côtes du Mont Arazzecca et au sommet du Col de S. Giovanni, tous les deux compris dans la célèbre ligne Gustav. L’âpre résistance à l’ennemi et l’important sacrifice de sa population, ont contribué à l’attribution de la Médaille de Bronze de la Valeur Militaire décernée au Gonfalon Municipal.

On traverse donc une partie du Parc National des Abruzzes, Latium et Molise, on quitte la région des Abruzzes et on rentre dans la région Molise en passant par le village de Castel S. Vincenzo dans la province d’Isernia.

On traverse les monts des Mainarde et, en pénétrant dans la région Latium, on rencontre les villages de Cardito et Casalcassinese, dans la province de Frosinone. On découvre, par la suite, Acquafondata : petit village de 288 habitants, niché au milieu d’une vallée et contourné par l’agréable verdure des monts de la Meta à 926 m au-dessus du niveau de la mer. Occupé par l’Armée allemande, pendant la Seconde Guerre Mondiale, le village fut objet de râtelages, pillages et violents bombardements qui provoquèrent beaucoup de victimes civiles et la quasi-totale destruction des habitats. Pour son sacrifice, Acquafondata fut décorée de la Médaille de Bronze de la Valeur Civile.

En descendant vers la vallée et en quittant les Apennins on arrive à Sant’Elia Fiumerapido, commune de la province de Frosinone et appartenant à la Communauté de montagne de la Valle del Liri, situé à 120 m au-dessus du niveau de la mer.

Ce village a été retenu pour son importance stratégique durant la guerre car situé sur la ligne GUSTAV, entre les monts des Mainarde et Cassino. Pour la même raison, Sant’Elia Fiumerapido se trouva au centre des factions opposées et subit donc les violents râtelages de part des troupes allemandes et les pesants bombardements des Alliés. Beaucoup de gens du village, dont nombreux jeunes et enfants, y trouvèrent la mort. Le centre fut complètement détruit. Ceux qui survécurent, bien qu’éprouvés par la misère et la souffrance, surent réagir et entreprirent une difficile reconstruction pour laquelle ils récurent la Médaille d’Argent de la Valeur Civile.

En continuant à descendre vers la Vallée du Liri, on va à la rencontre de la ville de Cassino (Ville Martyre de la Seconde Guerre Mondiale) et de son Abbaye. Situé dans la province de Frosinone à 40 m au-dessus du niveau de la mer, dans la « Alta Terra di Lavoro » et aux confins entre Latium et Campanie, Cassino surgit au pied du mont Cassin à 520 mt au-dessus du niveau de la mer et est relié au Golfe de Gaète ainsi qu’au Parc National des Abruzzes, Latium et Molise.

Au sommet du mont, on découvre l’abbaye du Mont-Cassin, fondée en 529 par Saint Benoit de Nursie et berceau de l’ordre bénédictin.

A cause de sa position géographique, Cassino, point capital de la ligne GUSTAV, fut le théâtre de batailles atroces qui comptent parmi les plus importantes de la Seconde Guerre Mondiale. Au nord de la ville, les Allemands contrôlaient les voies d’accès vers Rome ; les Alliés, eux, s’étaient installés au sud au cours de leur remontée depuis la péninsule. L’affrontement entre les deux armées fut très violent. Pendant les cinq mois de bataille, Cassino fut entièrement rasé par les bombardements et la plupart de la population fut évacuée. Le 15 février 1944 fut une des dates les plus noires : l’abbaye fut complètement détruite par les Alliés en croyant qu’elle était occupée par les Allemands. Les bombardements tuèrent la population qui s’était y refugiée. Le 18 mai 1944, lorsque les Alliés arrivèrent à briser la ligne de défense, on dénombra 105.000 morts du côté des alliés et 80.000  du côté des Allemands. On n’a jamais compté le nombre des victimes civiles.

Plusieurs cimetières de guerre virent le jour autour de Cassino : le polonais, le français, l’italien, l’allemand et celui du Commonwealth. Pour son âpre calvaire, pour son long martyr, pour ses énormes ruines, la ville fut décorée de la Médaille d’Or de la Valeur Militaire.

En continuant notre voyage vers le fleuve Garigliano dans la Vallée du Liri, on arrive d’abord au village de Sant’Apollinare et puis à Vallemaio. Celui-ci fait partie aussi de la province de Frosinone et surgit au sommet d’un coteau au pied du mont Maio. Point névralgique pendant les batailles de Cassino, ce village subit des bombardements et des représailles qui causèrent de nombreux morts et la destruction totale du centre mais qui permit de briser le front allemand. Pour son héroïsme et sa valeur, Vallemaio fut décoré de la Médaille d’Argent de la Valeur Civile.

 

Minturno, situé sur les falaises côtières et méridionales  des monts Aurunci à 141 m au-dessus du niveau de la mer, est le dernier village de notre itinéraire. Ses plages sont baignées par la mer Tyrrhénien et s’étendent vers le sud jusqu’à l’embouchure du Garigliano.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Minturno et ses hameaux furent le théâtre de très violents affrontements pendant quatre mois environ, à partir de janvier 1943. La prise de S. Maria Infante par les Alliés provoque la rupture de la ligne GUSTAV sur un point stratégique, ouvrant la route menant vers Cassino et Rome. Les incessants bombardements causèrent d’importants dégâts et nombreuses victimes. Beaucoup d’habitants moururent au moment de la retraite de l’Armée allemande, en représailles. Pour son lourd sacrifice, le village fut décoré de la Médaille d’Or de la Valeur Militaire.

A quelques kilomètres du centre de Minturno, situé sur la rive droite du fleuve Garigliano à deux kilomètres de l’embouchure, surgit Minturnae. La colonie, fondée en 296 av. J.-C., était située à l’abri du sanctuaire emporique dédié à la nymphe Marica (divinité des eaux) vers l’embouchure du Garigliano.

Le Complexe Archéologique de Minturnae renferme aujourd’hui la plupart des vestiges archéologiques de la ville-port. On peut y voir : le majestueux Théâtre Romain, édifié à l’époque républicaine, restructuré à l’époque augustéenne et étendu dans les formes actuelles à l’époque augustéenne ; une partie originale de la voie Appienne (Decumanus Maximus), construite en blocs de lave basaltique ; les restes du Forum Républicain (II siècle av. J.-C.), du Capitolium (dédié à Jupiter, Junon et Minerve), du Forum Imperial, du Macellum (marché), des Tabernae et du complexe thermal (II siècle apr. J.-C.).

Dans les ambulacres du Théâtre est logé l’Antiquarium (Musée) où sont exposés les statues, les sculptures, les épigraphes, les monnaies (retrouvées dans le fleuve voisin), des éléments architectoniques et nombreux vestiges, provenant de la ville romaine et de ses alentours.                              

Dans le complexe, sur les flancs de l’ancien Castrum, se trouve un fortin de la ligne GUSTAV.

On trouve avec le site archéologique le Cimetière Militaire du Commonwealth, où reposent les morts des batailles qui ont eu lieu sur le front du Garigliano en 1943-1944.

Le tracé de la voie Appienne croise les nombreuses et imposantes arcades de l’Aqueduc romain, long de 11 kilomètres.

Proche du Complexe Archéologique surgit le Pont Royal Ferdinand II sur le Garigliano, récemment confié à la direction du Complexe Archéologique de Minturanae. Le pont bourbonien, le premier pont suspendu à caténaire en fer réalisé en Italie, fut projeté par l’ingénieur Luigi Giura et inauguré en 1832. Le 14 octobre 1943, la travée fut minée en deux endroits par les Allemands qui la firent exploser au moment de leur retraite vers Rome après l’armistice. Cependant, les piles et les bases ne subirent pas de dégâts irréparables. Le pont a donc été restauré par l’ANAS de concert avec la Surintendance archéologique de Caserta en 1998 et remis en usage à la Surintendance archéologique du Latium depuis le 18 décembre 2007.

Le fleuve Garigliano sépare la région Latium de la région Campanie.

Encore quelques mètres et on arrive à l’embouchure du fleuve sur le littoral latial Tyrrhénien, terme de notre voyage.